vampires : human milk épisode 20

Publié le par Domi

2219-24Viktor était rentré depuis peu. Il avait arpenté les rues à la recherche de sa voisine dont  il attendait le retour avec angoisse.  Après un contrôle de son appartement, il avait noté son absence. Où cette pauvre folle était elle encore allée se fourrer ?

 

Il sentait, grâce à son sang qui courait dans ses veines, sa présence mais il ne l’avait localisé ni chez elle, ni chez la gardienne où elle avait apparemment ses habitudes. Il la savait dans le secteur, les vibrations qu’il ressentait en était la preuve, mais où ?


Leur quartier était très animé le soir venu. De nombreux bars ouvraient leurs portes et le flot des fumeurs envahissaient les trottoirs. Le volume sonore était tel que l’on se serait cru à l’heure de pointe. Il avait pu tester combien les odeurs de sang qui montaient à ses narines étaient enivrantes. Cela lui rappelait les virées qu’il avait effectuées à sa mutation. L’époque n’était pas la même. Les femmes que l’on trouvait alors à la nuit tombée n’étaient pas farouches et distribuaient leurs charmes aux passants. Il se revoyait soulevant de lourds jupons, dégrafant des corsets, mordant dans des cous ronds tout en troussant les filles au détour d’une ruelle.


Les lieux étaient aujourd’hui plus propres. Les femmes côtoyaient les hommes d’égal à égal, portaient des tenues plus légères et fleuraient bon le sang frais dépourvu des miasmes de la maladie. Elles étaient aussi plus propres et toujours aussi tentantes. Il comprenait l’attrait que ces corps emplis du précieux breuvage pouvait exercer sur les malheureux affamés qui arrivaient. Hommes, femmes étaient offerts à la voracité de dizaines de chasseurs qui les traquaient et attendaient leur heure.


 Lui-même sentait monter la faim.


Son aura l’encombrait tandis que sa véritable nature ruait, à l’étroit sous ses limites. Il retrouvait sa vision nocturne qui lui permettait de distinguer les moindres émotions des flâneurs qui le frôlaient.  Ces humains retrouvaient inscrits en eux les instincts de la proie qu’ils avaient été. A son approche, ils tressaillaient, leur peau se couvrait de chair de poule et ils hâtaient le pas. Toutes ces manifestations ne faisaient qu’apporter au parfum de leur sang le doux arôme de l’adrénaline. Il retroussait les babines dans le secret de la nuit, humait leur peur ancestrale et se forçait à s’éloigner.

 

Ses dents le faisaient souffrir tant elles pointaient. Il n’en pouvait plus de se retenir et, debout dans l’obscurité d’une encoignure de porte cochère, céda à l'appel de la soif  et commença à choisir sa victime.


Soudain, il fut déstabilisé. Le lien qu’il partageait avec Philomène se renforça et il put enfin la localiser. Le jeune homme qui s’éloignait, insouciant, vers l’entrée d’un café voisin ne sut jamais combien l’heure de sa mort avait été proche !


Il la regarda franchir le seuil du bâtiment, se retourner vers un vieil humain qui était sur le pas d’une boutique et lui crier quelques mots. La porte se referma sur elle et il soupira. Elle était en sécurité, à l’abri et sous sa protection. Nul vampire ne pourrait l’approcher sans qu’il en soit immédiatement averti. Il avait encore l’avantage.


Il rejoignit un bistrot et attendit tranquillement à la terrasse en sirotant un verre de vin. Cela lui vaudrait une purge de son système en rentrant.


Sa protection lui permettait d’ingérer une petite quantité d’aliments et de boissons afin de parfaire son camouflage. Toutefois la nature des vampires n’en était pas modifiée et les aliments devaient être rejetés dès la disparition de l’aura. Ce n’était pas un moment agréable et il l’évitait le plus possible. Il avait découvert cependant que l’ingestion d’alcool, tout en nécessitant le vomissement libérateur, entrainait, chez lui, des modifications proches de celles obtenues par les humains. Il appréciait la légère euphorie et une sorte de quiétude inhabituelle mais somme toute pas désagréable qu’il ressentait. Il serait intéressant d’étudier les effets de l’alcool sur ses capacités physiques, sa vitesse….Il s’égarait encore dans des rêves de scientifiques ! 


Il ressentait et partageait l’agitation de sa femelle. Elle était toujours éveillée !


Il trouvait ces humaines  particulièrement agaçantes ! Elles faisaient bien du chichi avec leurs tenues, leurs cheveux et leur allure en général ! Ce n’était pas comme si ces pauvres animaux allaient laisser une trace indélébile sur la planète ! Comme si leurs vêtements ou leurs coiffures influenceraient la course des astres ! Pour des fourmis dont la vie n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’éternité, il les trouvait bien futiles. Ils auraient gagné à suivre l’exemple des autres mammifères. Eux ne se souciaient que de leur survie, de se reproduire pour assurer le renouvellement des générations, d’élever leurs petits pour leur donner une chance d’atteindre l’âge adulte. Les humains se croyaient des êtres supérieurs et avaient oublié les fondamentaux de leur race…..Encore une autre thèse qu’il n’aurait pas le temps de développer, une de ses lubies de chercheur et d’ethnologue étranger à l’action et aux dangers de la vie en surface ! Il devait se concentrer sur le présent et la survie de Philomène.

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