Vampires (épisode 38)

Publié le par Domi

2219-24Marcel était un vampire puissant, une ombre, et pourtant les tremblements des muscles de ses bras attestaient de la force qui lui était nécessaire pour contenir la jeune femme. Il sentait que la rage la quittait, il ne desserra pas son étreinte pour autant, continuant à psalmodier et appelant silencieusement Viktor à la rescousse. Lui seul pourrait définitivement calmer Philomène. Il était heureux que la jeune femelle se soit accouplée et ait fusionné si vite. La force du lien, mieux que des mois d’apprentissage  lui permettrait de se contenir. Il était arrivé à temps, l’empêchant de commettre l’irréparable et de tuer sa propre mère. Un jeune vampire ne connaissait pas un tel risque et c’était tant mieux pour la sauvegarde de la race !


Elle avait survécu à cette première journée, voilà déjà un motif de se réjouir. En la serrant dans ses bras il pouvait apprécier les changements survenus. Elle était plus forte, ses muscles s’étaient développés, les épaules étaient plus larges, la taille plus haute. Philomène n’aurait certes jamais l’apparence d’une vampire de sang pur, les modifications trop minimes en étaient la preuve, mais étant déjà une humaine de belle taille (peut être un cadeau des quelques gènes vampires résiliants dans son patrimoine génétique), elle ne ferait pas honte à la race !


L’arrivée de Viktor se faisait attendre. Un vampire aussi vieux que lui devait être éveillé et opérationnel dès l’amorce de la tombée de la nuit. Un des privilèges de l’âge était d’assister aux ultimes flamboiements de l’astre interdit avant qu’il ne plonge derrière l’horizon. Ces quelques minutes de vie supplémentaires, faisaient aussi souvent la différence lors des combats de pouvoir, avantageant l’expérience face à la fougue et à la force incontrôlable de la jeunesse. Ce n’était pas pour rien que les insoumis étaient interpelés à cette heure de la nuit ! Marcel pouvait attendre, les heures ne représentaient rien pour lui. L’immortalité avait cela de bon. Il continuait à débiter cette litanie qui tenait Philomène en suspens. Il ne variait ni son ton, ni son débit, tissant avec ses mots un filet de protection. Elle était immobile entre ses bras, attentive et silencieuse. Marcel ne savait pas si sa mère survivrait à la ponction de sang massive qu’elle avait subie. Son seul espoir résidait dans la venue rapide de Viktor et dans la mise en place d’une perfusion qui la remplirait. Ce détail était malheureux mais ce n’était pas le plus important. Il allait falloir instruire Philomène. Qu’elle était la part des souvenirs archaïques qu’elle possédait ? N’étant pas de race pure, il ne suffirait pas de réamorcer ceux-ci pour qu’elle retrouve les bons gestes, le meilleur moyen de saigner sans trace, celui de disparaitre, de se dématérialiser, de se couler sous l’abri de l’aura……La liste des tâches qui leur incombait était proprement hallucinante ! Et tout cela en tenant compte du fait qu’elle était à un âge incontrôlable, dévorée par une faim immense et aux prises avec les affres de la fusion ! Il savait qu’il ne pourrait plus retarder l’instant de contacter la confrérie. Tout comme Viktor devrait faire un rapport au conseil et au dôme. Ils étaient tous les deux des hors la loi, et ils n’échapperaient certainement pas à un châtiment. Même si la découverte de la transformation possible d’un humain imprégné pouvait adoucir leur sort et expliquer leur retard en partie. Tous deux savaient qu’ils auraient du se manifester dès les premiers signes. Rien ne les autorisait à gérer cette crise seuls. Lui était le plus coupable. Quand il était arrivé sur les lieux et avait assisté à la fusion, il était le seul des deux aptes à intervenir et à, aussitôt, alerter les autorités.

 

Parmi les ombres, l’obéissance aveugle était la première des règles. Il fallait à un vampire aspirant de longues années pour se résoudre à abandonner la chasse, le libre arbitre, le goût du sang. Le noviciat était long et ardu, pavé d’écueils et de frustration. Seul un être animé de nobles intentions, plaçant la pérennité de la race au dessus de tout, oubliant tous les liens familiaux et amicaux, les rivalités et les calculs, pouvait y parvenir. Marcel l’avait appris. Il était devenu un serviteur docile et un fervent soutien au maître. Cette jeune femelle avait réussi, après des siècles de loyauté, à fissurer la cuirasse. Elle était son talon d’Achille. Son amour pour un vieil homme s’était inséré, déchirant les défenses et les lois, et avait réveillé un cœur qui ne battait plus depuis longtemps. En un mot, ils étaient dans la merde !

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