vampires (épisode 37)
Elle prit une longue aspiration et sentit monter à ses narines le merveilleux parfum du sang frais. Tout près d’elle. Elle se redressa, repoussa les draps qui l’entravaient. Elle n’avait nul besoin d’allumer, elle y voyait très bien, même mieux qu’en plein jour. Elle fléchit la tête, fit quelques mouvements d’assouplissements et se massa la base du cou et les épaules. Elle se sentait bien, incroyablement bien. Elle passa sa langue sur ses dents et s’attarda sur les deux crocs acérés qui pointaient. Une goutte de sang perla qu’elle goûta et savoura. Un goût riche et puissant, aussi enivrant qu’un bon vin !
Elle ne se posait aucune question, n’aspirant qu’à retrouver Viktor. Elle savait qu’il lui fallait le rejoindre, que lui saurait lui apporter ce dont elle avait besoin. Elle reprit une longue aspiration et laissa l’odeur enivrante l’envahir. Elle se leva et se dirigea vers la source de ce délice. Une forme humaine reposait sur une chaise. Elle semblait dormir, la tête reposait sur la poitrine et de discrets ronflements montaient du corps détendu. Philomène sentaient ses dents s’allonger inexorablement. Elle était au-delà de la raison. Elle n'était qu'un prédateur qui tendait sa nuque et offrait son visage au ciel en un cri muet qui dévoilait ses crocs. L’attaque fut soudaine, elle sentit ses dents s’enfoncer dans la gorge douce, si facilement. Elle découvrit le plaisir de la première gorgée. Elle laissa rouler le précieux breuvage sur son palais, emplir sa bouche et enfin déglutit. Le liquide descendit et déclencha une faim inextinguible. Sans lâcher sa proie, elle aspira encore et encore, se rassasiant. Elle ne pouvait plus s’arrêter et sentait les battements de cœur de sa victime devenir plus lents. Elle l’aurait certainement achevé si une force ne l’avait arraché à son repas. Philomène se retourna en rugissant, le sang coulant aux commissures de ses lèvres retroussées, et se retrouva face à un gigantesque mâle qui la toisait calmement.
-Cela suffit Philomène !
Il croisait les bras sur sa monstrueuse poitrine mais la jeune femme était au-delà des menaces et se jeta sur cet importun qui osait lui disputer sa nourriture. Il la bloqua d’une seule main. De l’autre il lui ferma la mâchoire comme on le ferait d’un chien dangereux et la tint solidement. Il renforça sa prise et l’immobilisa totalement.
-Je ne te veux aucun mal Philomène, mais tu dois m’écouter. Tu ne dois pas tuer cette femelle.
Il lui parlait d’une voix atone, le débit était mesuré et tout en murmurant ces mots, les répétant à l’infini, il éloignait Philomène de la chambre. Il devait progresser lentement sans à coups, et en surveillant du coin de l’œil les réactions de la victime. Il fallait qu’elle reste inconsciente encore un peu. Au moindre cri, il ne répondait plus de rien. Il était extrêmement difficile, voir impossible, d’éloigner un jeune vampire de ses proies. C’est pourquoi les premières chasses étaient encadrées et toujours effectuées au sein des troupeaux. Avant de leur faire connaitre le plaisir de la chasse en surface, avant qu’ils découvrent combien il était amusant de saigner ces humains libres et sauvages, on calmait leurs premières ardeurs. On isolait quelques femelles hors d’âge, des mâles affaiblis ou des enfants souffrant de handicaps, on les laissait dans des régions sauvages et on lançait les novices à leurs trousses. Ils pouvaient se défouler, commettre les massacres sanglants auxquels leur nature les appelait. Des jours, des mois durant on les abandonnait à leurs instincts. Ils créaient des camps dans les collines et les rabatteurs leurs fournissaient du gibier. Les nuits et les jours du dôme résonnaient de leurs cris et de leurs chants. Les vampires s’adonnaient à des orgies de sexe et de sang, ils s’accouplaient aux femelles qu’ils capturaient tout en les vidant de leur sang, atteignant ainsi la plus grande extase qui soit ! Aucune sensation ne remplacerait celle là et même si les années et les siècles les civiliseraient. Même si le conseil et les lois recouvraient leurs instincts du vernis de l’éducation et du bon goût, certains d’entre eux n’abandonneraient jamais le plaisir de la brutalité et choisiraient de continuer les raids en surface pour retrouver l’adrénaline de la curée loin du politiquement correct et des flacons de sang prélevés sur le bétail !