Maladie et réveil de Philomène (épisode 36)
Il se dirigea vers la table de la kitchenette, repoussa le pot de confiture et le bol abandonné et rédigea une ordonnance qu’il tendit à Colette accompagnée du flacon.
-Juste un peu d’anti pyrétique en systématique toutes les quatre heures pour les trois jours à venir. Vous la laissez se reposer, vous l’hydratez et l’alimentez si elle le souhaite. Du léger, du doux, du sucré….Ce qui lui fera plaisir et surtout du calme. Les comprimés que je vous laisse, à ne donner que le soir et seulement si elle présente des signes de somnambulisme. Un seul ! J’insiste !
Il tapotait d’un index volontaire le pot de pilules, tout en posant son regard acéré sur les deux femmes. Il laissa sur la table un arrêt de maladie, rangea son bloc et son crayon dans son cartable avant de se diriger vers la porte. Il salua Colette d’une ferme poignée de mains, posa un baiser sur la joue de Charlène et disparut dans les escaliers.
De nouveaux gémissements venus de la chambre les ramenèrent au chevet de leur malade. Philomène se débattait contre son oreiller qu’elle tirait et broyait entre ses mains, elle haletait sous l’effort et grondait en découvrant ses dents en un rictus malveillant. Colette et Charlène peinèrent à lui faire desserrer les doigts. Elles y parvinrent enfin. Au bout de quelques minutes, Phil retomba dans un profond sommeil. Elles en profitèrent et réarrangèrent ses draps. Elles tamisèrent la lumière et repoussant doucement la porte s’éloignèrent de quelques pas pour la laisser reposer en paix.
Colette étreignit Charlène et lui tendant son sac, la poussa vers la sortie.
-Ma chérie, vas-y, rejoins ton travail et ne t’inquiète pas. Je reste là avec elle et je te tiens au courant de l’évolution. Son père passera certainement tout à l’heure pour me relayer. Ce n’est pas grave, tu as entendu le docteur. Juste un peu de fatigue et un virus de rien du tout. En quelques jours elle sera sur pieds et tu pourras recommencer à la harceler pour ses retards.
Colette la serra dans ses bras et lui planta deux gros baisers sur les joues. Elle referma le verrou sur elle et commença à remettre de l’ordre après avoir vérifié que sa fille dormait paisiblement. Les heures s’égrenèrent doucement au rythme de la respiration de Phil. Colette feuilletait un magasine en lui tenant compagnie, lui chantait des chansons, la berçait quand elle s’agitait, lui tamponnait les tempes d’un linge humide et l’embrassait en l’appelant des petits noms doux de son enfance. Son père fit une apparition rapide, déposa un sac en papier kraft qui embaumait les senteurs du kebab du coin à l’attention de sa femme. Il lui tint compagnie le temps qu’elle se restaure, déposa un baiser sur le front de sa fille unique, la prunelle de ses yeux, et sourit à un des rares regards lucides de la malade. Il lui tapota la main et lui assura qu’elle allait très vite guérir tandis qu’elle repartait pour un voyage immobile.
Il les laissa en assurant à Colette qu’il se débrouillerait très bien tout seul. Le soir commença à tomber sur les rues, rallumant les réverbères, repeuplant les trottoirs de passants pressés, d’enfants engourdis par une longue journée d’école, résonnant des cris des klaxons des automobilistes impatients. Il ramena aussi la vie dans le regard hagard de Philomène. Ses yeux s’ouvrirent au terme d’une longue bataille entre son organisme humain et ses nouveaux gènes. Le combat n’était pas fini, mais ce soir, son corps s’accordait une trêve. Il aspirait au repos, à la nourriture et au retour de son mentor. Ses cellules réclamaient du sang. Toute la journée, elle n’avait pu avaler que de l’eau, elle ne se souvenait même pas des heures qui précédaient. Elle entrevoyait des visages qui se pressaient au dessus de sa couche, sa mère, son père, Charlène et le docteur….