Histoire de vampires : épisode 23
Alors qu’il luttait toujours avec ce corps supplicié, la porte s’ouvrit brutalement et une ombre le repoussa avec une telle force qu’il vola et s’abattit contre le mur avant de finir au sol. Il mit quelques secondes à reprendre ses esprits et cela suffit à l’agresseur pour se jeter sur la malheureuse qui gisait sur le lit. L’ombre s’empara d’elle, se retourna vers Viktor qui tentait de s’interposer en le menaçant d’un rugissement féroce qui déploya des crocs gigantesques ! Des paroles quasiment inaudibles, issues d’une gorge de vampire, lui ordonnèrent de rester tranquille !
Ils les avaient retrouvés grâce à sa stupidité. Il avait déclenché un véritable tsunami mental lors de son orgasme que tous les vampires à la ronde avait du ressentir. Cela avait agi comme une de ces drôles de machines humaines que Golfan lui avait un jour décrite, un GPS, mais d’une précision absolue.
Le résultat ne s’était pas fait attendre. Devant lui se dressait un redoutable guerrier. Sans aura, la corpulence de ce dernier était telle qu’elle envahissait l’espace de la chambre. Un poing gigantesque s’était abattu sur lui qu’aucun humain n’aurait pu supporter. Il en était encore sonné. Il ne bougeait pas, tentant de réalimenter les connexions de son cerveau endommagées. Il ne pouvait utiliser la force contre un tel adversaire mais bien plutôt trouver la faille, le défaut de la cuirasse. Il n’avait comme recours que son intelligence supérieure, la seule arme à sa disposition, celle qui lui avait permis de remporter bien des affrontements au fil des siècles !
Les larges mains qui s’étaient emparées de Philomène semblaient curieusement douces et délicates. Elles retournèrent la jeune femelle, s’introduisirent dans sa bouche pour dégager les derniers caillots de sang qui obstruaient les voies respiratoires. Celle-ci toussa et en un long sifflement repris sa respiration. Les couleurs commencèrent à revenir sur ses joues. L’entendre aspirer goulument de l’air, voir sa poitrine se soulever, lui fit prendre conscience que lui-même, partageant le lien si fort de la première fusion, aurait pu mourir. C’était là l’une des faiblesses des vampires. Qui attaquait l’apprenti et le détruisait, entrainait par la même la perte de son maître. C’est pourquoi la priorité absolue était d’enseigner à son protégé à se défendre.
Il n’avait jamais connu, au cours de sa longue existence, ce genre de lien. Il avait partagé de nombreuses et souvent merveilleuses expériences charnelles avec de belles immortelles, avait échangé le sang et atteint le plaisir mais s’était toujours refusé à la fusion totale. Il n’avait jamais souhaité devenir un mentor.
Etre, pour de trop longues années, le protecteur, l’amant, le professeur d’un jeune vampire, mâle ou femelle ? Il n’en avait pas le temps, ne désirant connaitre que le calme de sa vie de scientifique. Mais cette nuit, il avait été happé, broyé, enseveli, détruit et rebâti molécules après molécules. Il n’avait jamais ressenti ce phénomène ce qui expliquait la chute de toutes ses barrières mentales. Aucun vampire de plus de deux cents ans ne se laissait aller au point d’envahir l’espace mental de ces frères de race par la soudaine explosion du plaisir ! Il s’était comporté comme un novice amoureux