Histoire de vampire (épisode 30)
En cherchant une parade à la lente disparition des troupeaux, ce qui équivalait à la chute de toute leur société, les ombres avaient retrouvé des textes anciens faisant état d’échanges de sang entre vampires et esclaves humains. Des maitres avaient choisi de vivre en surface et de s’entourer d’une cour de femelles et de mâles enivrés par le goût du surnaturel. Des êtres aveuglés par le besoin d’assouvir leurs fantasmes de plaisir et de douleur mêlés, par la secrète envie de devenir immortel, de croire aux chimères des écrivains.
Il restait des traces de ces excentriques. Certains avaient été le sujet de livres, d’autres avaient été pourchassés et traités en sorcières ou démons. On avait requis contre eux la force de la foi, les exorcismes, le feu purificateur. On avait brûlé, éventré, lapidé, empalé leurs adorateurs et leurs esclaves. Les foudres s’étaient abattues sur eux et seuls les ombres les avaient sauvés ou détruits selon ce qui était le mieux pour la sauvegarde de la race.
Ce qui avait retenu l’attention du maitre était que certains des esclaves, malgré l’ingestion de sang de vampire, avaient réussi à rester en vie. Un plus petit nombre encore avait survécu aux persécutions et aux inquisitions, en se cachant, en fuyant, parfois en dénonçant leur amant et amante aux dents longues et à l’appétit vorace. Au fil des siècles, ces hommes et ces femmes avaient fondé des familles qui toutes renfermaient dans leurs gènes des traces du sang des immortels.
Alors que, tous les tests le prouvaient, l’ingestion de ce sang aurait du leur être fatale. Ils représentaient une exception qui était le secret le mieux gardé de la confrérie. Si la raison d’être première des ombres était la sauvegarde de la race, l’étude et la surveillance des descendants d’esclaves de sang en était la seconde.
Chacun d’eux se voyait assigner un groupe à gérer. Sous l’autorité de Marcel figurait la famille de Philomène et quelques autres qu’il supervisait de loin en loin. Philomène était depuis des années sa préférée. Le statut d’ombre n’empêchait pas un cœur de battre en lui et s’il était proscrit de s’attacher à ses protégés, elle était l’exception qui confirmait la règle. Cette jeune femelle pétillait de vie, elle dégageait d’infimes traces de charme hypnotique propre aux vestiges du sang d’immortel que recelait son sang.
Elle vibrait, l’entourait d’une chaleur, que les longs siècles de sa vie de servitude, lui avait refusé. Quand elle entrait dans sa boutique pour lui narrer ses galères, il en venait à rêver de briser ses vœux et à mordre dans cette nuque fragile et dans ces bras blancs qu’elle lui jetait autour du cou en l’embrassant comme le vieil oncle qu’il était pour elle. Elle rallumait les cendres d’un feu qu’il croyait définitivement éteint. Aussi quand il avait constaté les premiers symptômes de la maladie en elle et qu’il avait surpris ce jeune fou de Golfan en train de lui ponctionner du sang pour l’analyser, il n’avait pas réfléchi. Grâce à ses pouvoirs, cent fois supérieurs à ceux de n’importe quel guerrier aux crocs acérés, il l’avait rendu fou. Celui-ci s’était jeté sur des passants, les mordant et les tuant sans prendre les moindres précautions. Le conseil n’avait pas eu d’autre choix que de le faire rapatrier par les gardiens de l’ordre et d’envoyer une patrouille d’évanesceurs effacer les souvenirs horrifiés des témoins de ces agressions.