Episode 34 ( histoire de vampires)

Publié le par Domi

2219-24Comme d’habitude, la sonnerie stridente de son réveil l’arracha aux brumes de la nuit. Elle étendit lourdement le bras vers cet objet de torture, ne réussissant qu’à le faire, encore et toujours tomber hors de portée. Le mécanisme continuait à la narguer, profitant de son éloignement pour prendre un ton au dessus et lui vriller les tympans. Aucune des chutes subies n’avaient jamais éteint le monstre, à croire que le fabricant avait inséré dans les chartes de fabrication, une obligation de solidité. « Ce réveil doit supporter un tremblement de terre de magnitude 5 sur l’échelle de Richter ! ». Philomène enfouie sa tête sous l’oreiller, pressant des deux mains celui-ci sur ses oreilles, s’enfonça plus bas sous la couette et gémit. Rien n’y fit, de minutes en minutes, le son devenait de plus en plus strident. De guerre lasse, elle balança, le pied hors du lit et envoya valser l’importun qui, en retombant à nouveau sur le sol, reprit de plus belle sa musique. Un coup sur le plafond, lui apprit que son voisin du dessus était bien éveillé et l’en remerciait !


Sa couette sentait le frais et en la respirant, elle se demanda quand elle avait fait une lessive ? Il lui semblait pourtant que c’était une de ces tâches qu’elle repoussait et qu’elle avait noté en rouge sur l’ardoise chat qui trônait sur la façade de son frigo. Elle portait même un pyjama qui lui aussi dégageait une forte odeur de propre, et en plus elle avait enfilé le pantalon, elle qui ne se couvrait jamais que de la chemise ! Une seule raison lui venait dans son pauvre esprit encombré par le brouillard : Elle avait recommencé à souffrir de somnambulisme ! Depuis sa plus tendre enfance, elle rôdait la nuit, mangeant, regardant la télé, repassant, refaisant ses devoirs pendant les périodes de grand stress. Ces années de lycée et de fac étaient émaillées de confection de gâteaux, de rangement et même de tricotage dont elle ne gardait aucun souvenir mais qui lui avaient été si souvent narrés par ses parents puis par Charlène qu’elle ne se faisait aucune illusion sur la raison de cette découverte d’activité nocturne ! Elle n’avait vraiment pas besoin de ça ! Elle finirait comme d’habitude par errer comme un zombi toute la journée, épuisée par cette néfaste dépense d’énergie. Elle qui se demandait depuis des jours d’où lui venait cette fatigue grandissante n’avait même plus pensé à ce problème récurrent ! Elle allait devoir alerter Charlène pour qu’elle vienne habiter avec elle pendant quelques nuits, lui évitant ainsi de se blesser ou de sortir. Le temps que les remèdes du docteur Naurel fassent effet. Elle allait retrouver les comprimés qui l’assommeraient et la laisseraient avec autant de vie qu’un plat de légumes bouillis. Il lui faudrait prendre un congé maladie (s’éloigner du serpent « grosse Suzy » qui lui servait de chef !). Elle se décourageait déjà devant le retour d’un problème qu’elle croyait bien avoir résolu grâce à ces années de suivi chez un psy. Les coups redoublés du voisin sur son plafond et la sonnerie du réveil qui continuait imperturbablement lui démontrèrent qu’il était temps de bouger.


Philomène se laissa couler vers le plancher, rampa sur le sol, tirant derrière elle sa couette et, arrivée auprès du fâcheux, lui tapa dessus jusqu’à ce que silence s’en suive ! Le calme revenu dans la chambre, elle resta assise le long du mur, incapable de se lever. Elle se sentait véritablement patraque. Ce virus qui depuis des jours la minait devait avoir pris son rythme de croisière, envahi tout son organisme et, sans doute, déclenché sa crise de somnambulisme. Elle gelait malgré la couette, tremblait en claquant des dents, et n’était que courbatures et douleurs musculaires. Elle referma les yeux, s’octroyant quelques minutes de répit avant de combattre cette grosse flemme qu’elle appelait maladie. Juste quelques instants !


Une nouvelle fois, son réveil se mit à sonner et, sans ouvrir les paupières elle lui tapa dessus sans succès. La porte ! Elle s’était rendormie ! Son amie tambourinait comme une malade sur le bois, alternant aux coups de sonnette, les coups de pieds ! Difficilement elle s’appuya sur le mur et lentement atteint la position verticale. Resserrant les pans de la couette, elle franchit les deux ou trois mètres qui la séparaient du couloir tout en croassant qu’elle arrivait. Après avoir mené une dure bataille avec sa serrure, elle parvint à entrouvrir et Charlène s’engouffra dans l’appartement. Ne lui jetant pas un seul coup d’œil, elle la poussa vers la salle de bains en lui annonçant qu’elle était méga en retard et qu’elle devait filer sous la douche tandis qu’elle lui ferait un café bien serré pour la réveiller. Tout en parlant elle sortait son portable et commençait à débiter une fable de menace d’attentat dans le métro, d’évacuation et de retard indépendant de leur volonté au bénéfice de la supérieure de Phil qui ne s’étonnait plus de passer par Charlène pour les sempiternelles pannes d’oreiller de cette feignasse ! Elle en avait de la chance cette planquée d’être la meilleure amie de la fille du boss ! Charlène remerciait tout en s’excusant, coupant cours aux tentatives de demande d’explications et de promesses de blâme de la sorcière !


Ce n’est qu’à ce moment là, qu’elle se retourna vers Phil, qui n’avait pas bougé. Celle-ci semblait faire plus confiance au mur qu’à elle-même pour tenir debout. Elle tanguait dangereusement et avait refermé les paupières comme pour se protéger de la clarté.


            -Ma chérie ! Mais tu es malade !

Publicité

Publié dans shopping

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article