épisode 33
Marcel, les bras croisés sur sa poitrine de vieillard, le toisait. En dépit de sa petite taille humaine il réussissait l’exploit d’emplir la pièce d’une présence angoissante.
-Avant de te laisser, je te conseille de garder pour toi ce qui est arrivé cette nuit. Il ne serait certainement pas profitable de te faire remarquer grâce à tes exploits. Je ne sais pas où en est le conseil. Les factions qui se révoltent contre son autorité ont-elles gagné des adeptes ? L’épidémie règne-t-elle toujours en maître sur le dôme ? J’imagine que d’aucuns seraient très heureux de gagner des voix dans cette course au pouvoir grâce à une découverte scientifique de l’envergure de celle à laquelle nous avons assisté ! Et s’en serait fini de toi et de ta fusion ! Tu n’aurais plus qu’à regarder ta précieuse Phil transformée en cobaye de labo, tronçonnée, ponctionnée, biopsiée et pour finir autopsiée.
Je t’assure ne pas être, plus que toi, favorable à cette finalité. Ma seule priorité est d’avertir la confrérie et de suivre ses ordres. Nous n’aurons pas le choix ! Quoi qu’il se décide, tu ne pourras pas fuir. Nulle part tu ne pourras te soustraire à la loi des ombres. N’essaie même pas d’y songer. Je suis, pour l’instant, ta meilleure garantie de survie. Je plaiderai en faveur de votre liaison afin qu’on vous laisse une chance. Mais l’avenir de notre race repose peut-être entre vos mains. Sache que quoi que tu en penses, la vie de Philomène m’importe et nous ne sommes pas nombreux dans ce cas.
La seule réponse fut le silence de Viktor. Sur un ultime soupir de dépit, Marcel reprit.
-Repose-toi, je te recontacterai le plus vite possible.
Sur ces derniers mots, Marcel se dématérialisa laissant Viktor seul face à lui-même. Il se leva machinalement, réenclencha le dispositif de sécurité, lui garantissant que pas un seul vampire ne pourrait l’atteindre pendant ces quelques heures de repos auxquels son organisme aspirait. Les lourds volets roulaient sans bruit le long des vitres, transformant l’appartement en un sanctuaire où nulle lumière ne viendrait le blesser. Pareillement il lui fallait occulter ce que deviendrait Philomène durant ces moments où il ne l’aurait plus sous sa protection.
Un regard à la caméra de contrôle que Golfan avait installé dans la chambre de la jeune femelle la lui montra endormie dans ses draps. Rien ne trahissait ce qui s’était passé cette nuit et s’il n’avait pas ressenti au plus profond de lui, les pulsations du lien qui les unissait il aurait pu penser que tout cela n’était que le fruit d’une hallucination. Serait-elle encore en vie à son réveil ? Comment se passerait sa journée ? Se souviendrait-elle de lui ? Souffrirait-elle à l’arrivée du soleil ? Autant d’interrogations qui resteraient sans réponse et qui encombreraient son esprit lors de son repos. Il se dirigea vers le canapé et, bien qu’il lui soit difficile de se détendre face à cette porte, il s’y allongea, retrouvant ainsi l’odeur de sa femelle. Tout son corps le poussait à retourner la chercher et à la garder au creux de ses bras afin qu’ils glissent ensemble dans ce simulacre de sommeil qui s’apparentait plus à une mort. Il ne pouvait que résister à ses instincts. Il ferma les paupières et son métabolisme s’adapta immédiatement en l’engloutissant dans une perte de conscience à laquelle il ne pouvait résister. Son cœur s’arrêta, son sang se figea dans ses veines, sa température corporelle, déjà très basse, descendit encore de quelques degrés, permettant ainsi à son cerveau de se protéger. Il cessa de respirer et comme chaque matin, mourut.