Au sein du dôme la situation est mauvaise (vampires 18)
En premier lieu, il voulait prendre le pouls de la situation et Robus était le meilleur pour cela. Il aimait flâner au sein du dôme. Son apparente sollicitude et sa bonhommie invitaient aux confidences. Il cultivait les amitiés utiles et, grâce à son statut d'homme de confiance d'une grande famille, peu de portes lui étaient fermées. Les rumeurs circulaient toujours mieux parmi les serviteurs des puissants. Les hommes de l'ombre entendaient les moindres confidences, connaissaient les mesures prises par le gouvernement avant tout le monde.
Après s’être servi un grand verre et savouré en connaisseur le bouquet à nul autre pareil, il reposa sa coupe et se tourna vers son compagnon qui lentement remuait son breuvage. Le silence de Robus ne laissait aucun doute sur la gravité des nouvelles. Il leva les yeux vers le mur d’images qui se trouvait face à lui et regarda plus attentivement les scènes qui défilaient en continu. Le dôme, sa chère cité, en proie à une catastrophe sans précédent. Les grands élevages déserts, les files de vampires qui se pressaient aux distributions de sang. Les visages tendus, les mines graves. Il augmenta le son quand apparut son père sur l’écran. Celui-ci, en sa qualité de porte paroles des sages, appelait au calme, mettait en garde les ultras et les plus jeunes contre un exode vers la surface qui se ferait en masse et sans préparation. Il rappelait les risques que le secret, si chèrement gardé au fil des siècles, de leur existence soit trahi. Les humains modernes ne seraient pas aussi faciles à asservir que leurs ancêtres ! Ils disposaient d’armes qui pourraient être fatales aux vampires. Son père semblait épuisé et, lui qui galvanisait les foules lors des grands rassemblements, peinait à trouver ses mots. Ses explications sur l’avancée de la lutte contre le virus sonnaient faux. Il tentait de ramener l’espoir au sein d’un peuple qui se souvenait de son passé de prédateur, regimbait sous le joug du pouvoir et aspirait à redevenir libre.
Ce n’était pas les quelques données sur les recherches effectuées en vue d’un clonage qui allaient ramener le calme. Viktor prenait la mesure du cataclysme et découvrait que son travail arriverait trop tard pour sauver leur civilisation. Ils devaient muter, partir, ou disparaitre.
Robus, le voyant perdu dans cette vision apocalyptique qui défilait sans fin sur le mur, toussota et commença à parler.
-Maitre, vous devez penser à votre sécurité et je ne crois pas qu’il soit sain de revenir dans la cité en ces jours de crise et de fureur. Les anciens n’arrivent pas à maintenir le calme et l’exode des contestataires est toujours plus important. Les ultras tentent de renverser le pouvoir et les soldats de l’ordre sont trop peu nombreux. Leurs rangs sont décimés par la maladie et les réserves de procalm s’épuisent…. Pour ce qui est de votre ami Golfan…..
-Parle, Robus !
-Vous ne pourrez pas le visiter, Maître, il a été jugé par un tribunal suite à son dérapage et condamné à trois mois de confinement. La sanction a été appliquée immédiatement et le cercueil a été scellé devant témoins depuis trois jours. Il a été descendu dans la crypte. Nul n’aura plus accès à sa prison avant le terme de son châtiment. Sa mère pleure sans discontinuer depuis et son père n’a rien pu faire. Ni ses relations au sein du conseil, ni les états de service exceptionnels de votre ami n’ont pu infléchir le tribunal des sages. Ils ont choisi de faire un exemple pour tous les migrants, leur rappeler qu’ils sont toujours détenteurs du pouvoir et que s’ils font le moindre faux pas, ils seront pourchassés et condamnés à gémir et à souffrir dans les geôles de la cité !
A l’annonce de cette nouvelle, Viktor se prit la tête à deux mains et resta prostré de longues minutes. Malgré l’urgence de la situation, son esprit ne cessait de revenir sur la terrible épreuve qu’était le confinement. Cette condamnation était exceptionnelle. Que la cité se prive sous un prétexte quelconque d’un vampire de la valeur de Golfan en disait long sur son niveau de dysfonctionnement.
Cette punition était une sentence barbare, réservée aux vampires dangereux et asociaux, après que toute autre ait échoué. Etaient concernés ceux qui saignaient à tout va sans effacer leurs traces, des serials killers à l’échelle immortelle qui nuisaient à la sécurité de tous.
Les condamnés souffraient des affres de la soif emprisonnés dans un cercueil d’argent qui empêchait toute dématérialisation. Au bout de quelques jours le besoin de sang était si grand que tout le corps devenait douloureux. Les malheureux commençaient alors à crier, appelant à la clémence, suppliant qu’on les libère. Les hurlements ne discontinuaient pas jusqu’à ce que l’organisme se déshydrate tant que le vampire ne puisse plus produire le moindre son. Les souffrances ne cessaient pas pour autant car, les symptômes étaient en cela les mêmes que pour l’attaque virale, ils demeuraient conscients tout le temps de leur réclusion. La différence était qu'ils restaient en vie. Le soulagement, que seule la mort aurait pu leur apporter, leur était refusée. Les plus vieux reclus ne redevenaient jamais eux même. Même leur peine achevée, la souffrance était inscrite en eux et beaucoup, atteints de folie, choisissaient de se suicider en s’exposant au soleil.
Comment avait-on pu en arriver là ?
Il posa son regard sur Robus, qui, silencieux, ne l’avait pas quitté des yeux prêt à obéir au moindre de ses désirs.
-Sais-tu qui est encore digne de confiance ? Les informations que je rapporte sont de la plus haute importance. Le conseil peut-il être gangréné ?....Je ne peux pas prendre le risque de dévoiler ce que je sais maintenant...... Je vais avoir besoin de toi, mon vieil ami, je rejoins les terres émergées accomplir ce que je crois juste. Tu vas être aujourd’hui plus que jamais, mes yeux et mes oreilles !... J’aurai tant voulu venir en aide à Golfan ! Je t’en prie, veille sur les siens !
Sur ces dernières paroles et une brève accolade, Viktor se leva et se dématérialisa.