Le dôme (épisode 17)
Il se dématérialisa et rejoignit sa chère cité et surtout son domicile personnel. Le silence qui l'entourait était ce qui, en premier, le faisait se sentir chez lui. Les abysses, canyons et plaines situés à des milliers de mètres de la surface étaient un merveilleux emplacement pour la construction du dôme.
Quel merveilleux choix pour y installer une colonie de vampires, froids, dangereux et monstrueux à l'image des créatures vivant à ces profondeurs ! Les architectes qui avaient conçu et réalisé ce sanctuaire l'avaient voulu beau et fonctionnel. La demi sphère qui formait la structure des lieux renfermait en son sein de larges allées dallées. Au milieu de jardins luxuriants, on devinait des demeures patriciennes blanches et ouvertes sur la nature. Sous la voute un'éclairage reproduisait la lumière du jour qu'ils ne pourraient jamais connaitre. Les ingénieurs, botanistes, scientifiques de tous bords, s'étaient unis pour bâtir un cadre propice à la vie. De grands espaces avaient été arborés avec des essences terrestres, des vastes plaines abritaient les élevages. Un petit paradis reconstitué de toutes pièces et protégé par l'immensité de l'océan.Ils n'étaient alors que quelques centaines et ce n'est que grâce à la sécurité de leur environnement qu'ils avaient pu devenir une communauté forte. Bien sur c'était avant le fléau et la menace qui se répandait.
A son arrivée, le fidèle Robus l'attendait face à l'entrée de ses appartements. Il en était de même depuis sa plus tendre enfance. Ses parents, aristocrates aux fonctions prenantes ne désiraient pas s'atteler à l'éducation d'un jeune vampire faible et encombrant. Ils avaient fait leur devoir, participé à la pérennité de la race et se reposaient sur du personnel compétent pour prendre soin de lui et l'élever dans le respect des traditions et la connaissance de son héritage et de son rang.
Robus avait été tour à tour, sa mère, son père, son précepteur et, à l'aube de sa mutation et de tous les excès qui l'accompagnaient, son mentor et son compagnon. Il le salua chaleureusement, se laissant entrainer vers une table où trônait une collation. Le flacon de sang à la profonde couleur rubis appelait à la dégustation et il s'assit pour le savourer. Il fit signe à son vieil ami de le rejoindre, brisant comme de coutume les traditions archaïques qui définissaient les relations maître/serviteur. Il ne serait jamais comme ses parents. Il aimait sa vie studieuse et calme, n’avait jamais voulu se mêler à l'agitation du conseil. Il n'était pas de ceux qui aimaient faire et défaire les rumeurs, élaborer les complots et vivre de la politique. Il avait refusé le destin tracé pour lui par ses géniteurs et n’était pour eux qu’une déception. Il l'assumait de plus en plus sereinement au fil des siècles. Seul lui importait le bien commun.
Un seul regard vers son serviteur le ramena des siècles en arrière. Robus suivait à la lettre les préceptes vestimentaires de la cité. De grande taille, un éternel sourire retroussait ses lèvres sur de longues canines. Le teint très pâle et des yeux d’un rouge profond brillaient dans un visage respirant l’intelligence. Il portait depuis toujours la tenue des employés de la famille. Les armoiries qui ornaient son épaule gauche indiquait le haut rang qu’il détenait au sein de cette confrérie. Il était vêtu d’une longue tunique grenat et d’un pantalon noir fluide. Ses pieds étaient nus comme ceux de tous les vampires qui foulaient le sol de la cité.
Cette tradition remontait aux premiers temps de l’installation. Les arrivants pouvaient enfin vivre sans le secours de l’aura, le soleil étant absent à ces profondeurs. Ils optèrent alors pour la simplicité et allèrent nus ou simplement vêtus et toujours les pieds déchaussés. Si le choix était resté, au fil des siècles les tenues étaient devenues la norme. La couleur et la qualité des tissus étaient une indication du statut de chacun et, la vanité n’ayant pas épargné les vampires, ils rivalisaient d’ingéniosité dans la richesse et l’ornementation des tuniques.
Viktor lui-même avait décidé de passer le peu de temps de sa visite sans s’encombrer de ces contraintes et, voulant savourer le plaisir d'être libéré de l'aura, était resté nu.
En premier lieu, il voulait prendre le pouls de la situation et Robus était le meilleur pour cela. Il aimait flâner au sein du dôme. Son apparente sollicitude et sa bonhommie invitaient aux confidences. Il cultivait les amitiés utiles et, grâce à son statut d'homme de confiance d'une grande famille, peu de portes lui étaient fermées. Les rumeurs circulaient toujours mieux parmi les serviteurs des puissants. Les hommes de l'ombre entendaient les moindres confidences, connaissaient les mesures prises par le gouvernement avant tout le monde..