human milk : épisode 28 (réservé aux amateurs)
Lui qui avait toujours refusé de s’unir se retrouvait au piège de cette liaison. En fermant les yeux, il partageait avec elle la dureté du canapé, la froideur de son sang qui courait encore dans ses veines. Il ressentait le besoin de la réconforter, de la serrer dans ses bras et celui de mordre à nouveau dans son cou pour retrouver le goût unique de son sang…..
Un grand coup dans son balai le ramena à la réalité de l’instant présent et il retrouva devant lui Marcel revenu de la cuisine où il avait mis une machine en marche. Lui saisissant la serpillère des mains il finit en grommelant de rincer le sol. Il essora une dernière fois le balai espagnol, faisant clapoter l’eau rougit dans le seau.
-Vas vider ça dans l’évier et n’oublie pas de le rincer avant de la ranger. Et reviens ici, on va mettre des draps propres dans le lit avant d’y ramener Philomène.
Il exécutait les ordres sans parler, sans protester. Il voulait en finir au plus vite pour pouvoir retourner auprès de cette partie de lui qui lui manquait. Il ressentait le vide et l'absence. Son seul désir était de la rejoindre. En scientifique, il reconnaissait en lui les premiers symptômes du rite d’attachement. Les premières heures, les premiers jours, les deux protagonistes ne pouvaient rester loin l’un de l’autre sans souffrir de ce déchirement. Ils se retiraient dans un lieu isolé et multipliaient les accouplements et les échanges de sang pour renforcer leur lien. Ils ne pouvaient pas s’y soustraire, c’était ancré dans leur patrimoine génétique. Encore une des raisons qui l’avait toujours protégé de cette bêtise qui l’éloignerait de ses chères études ! Il pestait contre ce sort qui l’avait envoûté en présence de cette mutante. Il s’était laissé submerger par ses envies et devait en payer le prix. Il ne connaissait aucun texte qui relatait la rupture d’une fusion, une fois celle-ci accomplie. Mais en y réfléchissant il était peut-être en présence de la seule personne susceptible de l’aider. Les ombres ne se liaient jamais, ils y avaient renoncé et un élément quelconque les protégeait. Il devait découvrir ce qu’il en était et, peut-être, comprendrait-il comment redevenir libre.
Pour l’instant il en était loin et les minutes qui passaient renforçaient le besoin. Il sentait des fourmillements se répandre dans tout son corps. Il lui fallait se concentrer à l’extrême pour parvenir à exécuter les tâches que Marcel lui donnait.
Celui-ci l’étudiait du coin de l’œil et reconnaissait les symptômes du manque. Viktor n’arrivait plus à stabiliser correctement son aura, il devenait de plus en plus nerveux. Ce problème allait leur poser de sérieux ennuis s’il ne parvenait pas à le canaliser. Les deux hommes sortirent enfin de l’appartement de Philomène, refermèrent la porte derrière eux et remontèrent à l’étage pour retrouver le sujet de toutes leurs inquiétudes. Viktor, de plus en plus fébrile, parvint avec peine à introduire la clé dans la serrure et pianota sur les touches de ce qui ressemblait à une banale alarme pour réinitialiser le niveau maximal de sécurité autour de leur refuge. Ils purent enfin laisser tomber leur aura et il se rua vers la femelle endormie qui inconsciemment réagit à sa présence en poussant un long soupir de bien être. Elle bailla, exhibant des crocs qui s’allongeaient, entrouvrit ses paupières qui découvrirent des yeux rouges éclatants.
Marcel ne put que s’avouer vaincu, il autorisa Viktor à s’approcher de sa partenaire et leur laissa l’intimité nécessaire. Il lui faudrait trouver une solution ultérieurement.