Et si je vous racontais une petite histoire de vampire....non, mieux un feuilleton ?

Publié le par Domi

Vampire.jpg

                                                               HUMAN MILK (chapitre 1)

 

Sa main chercha le réveil qui, obstinément, s'évertuait à produire ce son sensé la tirer du lit. Après un ultime lancer de bras, la chute de son ennemi se solda par un bruit encore plus horrible sur un tempo qui lui sembla plus rapide et plus strident, comme s'il se moquait de ses efforts dérisoires !

Si même cet objet se riait d'elle, il n'y avait plus qu'à s'avouer vaincu et à sortir de cet embrouillamini de draps et de couvertures dans lequel elle était lovée.

Assise sur le bord du lit, elle s'étira en poussant ses paumes de mains vers le ciel. Elle ne comprenait pas cette sensation de fatigue qui la suivait depuis des semaines et qui ne cédait pas au repos. Sa nuque lui semblait raide, ses articulations gonflées et douloureuses. Elle avait une faim de loup et dévorait alors que sa balance lui annonçait jour après jour une perte de poids. Elle développait une sorte de photosensibilisation et portait ses lunettes de soleil en permanence, ce qui lui valaient les quolibets de ses collègues sur ses nuits agitées et un potentiel amoureux secret et fougueux.

Dieu sait pourtant que de ce côté là, c'était le calme plat depuis trop longtemps et que le temps des réveils à deux et des petits déjeuners en amoureux qui se terminaient par des retours sous la couette n'étaient plus d'actualité. Un regard vers sa table de nuit et la photo de Pierre posant au pied d'un glacier entouré de son équipe lui rappela douloureusement que son dernier petit ami l'avait abandonné pour une expédition scientifique sans remord et sans regret. Il était passé à l'étape amitié si vite que s'en était vexant. Ses mails enthousiastes lui décrivant ses longues journées de travail dans des conditions extrêmes qui se terminaient invariablement par "bisous" en étaient la preuve.

Elle se rappela la nouvelle condition qu'elle avait ajouté à la longue liste définissant l'homme idéal : pas un scientifique.

Ayant enfin rejoint la position debout, Philomène, glissant ses pieds dans ses pantoufles en pattes de tigre (un souvenir de son dernier passage à Disneyland) se traina vers le coin cuisine de son minuscule appartement.

En chemin, elle croisa son regard dans le miroir, copie d'ancien dénichée chez le brocanteur de sa rue. Ce vieil illuminé de Marcel se permettait des entorses à la morale et refilait sans scrupules des copies fort bien réalisées à des clients crédules. Il ne lui avait pas fait le coup, en tant qu'amie elle bénéficiait de la transparence et d'une confortable réduction, ce qui n'empêchait pas cet achat d'être une folie !

Elle aperçut son visage au regard vert d'eau éteint et au blanc de l'oeil rougi, les boucles rousses indisciplinées et emmêlées par une nuit au sommeil agité encadraient un visage fin aux pommettes hautes qui lui donnaient un air slave.

-Salut Phil, t'as une sale gueule ce matin, tu le sais ça ? Il est temps de prendre ce rendez-vous chez le docteur Legrand que tu repousses toujours ou tu vas finir en repos forcé chez ta mère ! se lança-t-elle en croisant son image.

Attablée devant un grand bol de thé et des montagnes de toasts au beurre et au miel, elle écoutait distraitement les nouvelles du matin en plongeant le cinquième pain dans le liquide qui déborda sur la table.

-Merde !

Repoussant sa chaise brusquement en faisant grincer les pieds sur les tommettes, elle loupa le bulletin météo et jura de plus belle en secouant sa nuisette recouverte de thé brûlant qui lui collait à la peau.

-Mais c'est pas vrai ! Il y a des matins où il faudrait vraiment rester couchée !

Les coups assénés sur sa porte lui signalèrent que pour couronner le tout, Charlène était déjà arrivée et qu'une fois de plus elle était en retard. Elle retirait le vêtement humide tout en se battant avec les verrous que son père avait installé pour protéger son bébé des dangers de la grande ville, tout en criant à sa meilleure amie qu'elle était presque prête. Un euphémisme dont Charlène connaissait la signification. C'est en petite culotte qu'elle ouvrit, s'apprêtant à s'excuser une fois de plus, et se trouva nez à nez avec un inconnu.



Publicité

Publié dans shopping

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article