épisode 15 ( vampire un jour vampire toujours !)
Malgré tout une interrogation continuait à le tarauder : qu’était-il arrivé à Golfan ? Une attaque ? Une crise de folie ? Il ne comprenait pas qu’un professionnel comme lui ait pu ainsi péter les plombs.
Ce n’était ni le lieu, ni l’heure de chercher à résoudre cette énigme. Il remplit les éprouvettes et les mit dans l’analyseur. Au bout de quelques minutes il obtiendrait de nouveaux résultats expliquant sûrement son erreur de la veille. En attendant, il devait surveiller Philomène, il plaça le miroir-diagnostic devant son visage. Elle dormait paisiblement, une énorme bosse ornait son front et commençait à prendre une jolie teinte violette. Il aurait pu la soigner et effacer cet hématome mais il n’en fit rien. Tout devait rester le plus normal possible ! La respiration était régulière, elle marmonnait dans son sommeil. Des mots incohérents, des noms où il reconnaissait celui de Suzy, de Charlène et le sien ! Le miroir afficha les constantes, une température un peu inférieure à la normale, un rythme cardiaque légèrement accéléré, rien de grave !
Il posa l’objet et s’assit tranquillement sur le coin de la table d’examen. Il n’avait plus qu’à attendre et cela lui laissait le loisir d’examiner le corps étendu devant lui. Il devait reconnaitre que la race avait heureusement évolué. Les proportions étaient harmonieuses. Bien qu’un peu petite en comparaison de ses semblables, les points de ressemblance avec les vampires femmes étaient nombreuses. Philomène semblait une pâle copie, un essai, un brouillon. Il lui manquait la clarté qui émanait des êtres supérieurs. Sa peau était trop rose, ses cheveux plus ternes, sa bouche semblait vide sans les deux crocs qui attiraient tant les mâles au moment de l’acte amoureux. Elle devait être belle pour les critères humains, il l’appréciait, mais elle sentait la nourriture ! En la regardant, il voyait le sang qui comme une friandise coulait dans ses veines, teintait sa peau, embaumait et appelait la morsure.
Il bandait ! Une nouvelle fois il réagissait à ses charmes. Sans réfléchir, il se leva, un feulement s’échappait de ses lèvres qui se retroussaient sur un masque de prédateur, ses dents s’allongeaient. Il posa ses grandes mains sur le visage de Philomène. Un autre s’était emparé de lui, son double, celui qu’il refusait d’être depuis des siècles, celui qui effaçait le Viktor professeur pétri de bonnes manières et de retenue. Il ne pouvait plus s’arrêter. Il devait la dévêtir, parcourir de ses lèvres son corps, la goûter, la mordre et atteindre le plein accomplissement de sa faim en l’emplissant de son sexe. La posséder en la vidant de son précieux fluide, entendre ses gémissements, ses cris et avaler le sang chaud jusqu’à la dernière goutte tout en atteignant l’orgasme !
Ses yeux se posèrent sur le visage de sa victime et il ressenti un choc en constatant la disparition de l’hématome ! Cela stoppa brutalement sa descente aux enfers. Il reprit ses esprits, respira calmement et redevint sur le champ un scientifique. Comment cela était-il arrivé ? Pas un organisme humain ne pouvait guérir aussi vite.
Au même moment la sonnerie de la machine retentit, il allait connaitre les nouveaux chiffres et comprendre où était son erreur. Sur l’écran s’affichèrent des résultats fous. Il regarda Philomène d’un autre œil. Était-elle une mutante ? Elle possédait apparemment des gènes de vampire. Comment cela avait-il pu arriver ?
Loin des légendes humaines, la transformation d’un être humain en vampire était impossible. Il était bien placé pour savoir qu'ils étaient une race à part entière avec leur propre physiologie et leur cycle de reproduction. Il n’y avait que les romanciers qui croyaient que faire ingérer du sang du saigneur à la victime suffisait à transformer celle-ci en buveur de sang aux dents longues. Jamais aucun savant fou n’avait pu aboutir à ce résultat. Il avait connaissance des essais de ces ultras, ceux qui voulaient le retour des vampires à la surface. Ceux qui désiraient abandonner l’élevage, ceux qui reniaient leur culture, leur histoire, leurs traditions.
Etaient-ils à l’origine de cela ? Pouvaient-ils avoir réussi et quel était leur but ? Etaient-ils les véritables responsables de l’accident de son ami ?