Entre soeurs
A long, long time ago.....
Once upon a time.....
Il était une fois deux soeurs qui naquirent dans la modeste échoppe d'un maître boucher.
Tout le jour, le bruit de ses couteaux et le claquement de son hachoir sur le billot résonnaient dans la boutique. Les clients se pressaient devant son étal et lui achetaient qui, un beau gigot d'agneau, qui, un bas morceau de boeuf pour parfumer sa soupe, qui, des os pour son chien. L'homme au grand tablier blanc rougi du sang des bêtes, recevait, plaisantait, servait, découpait, tout en jetant un oeil tendre et attentif sur ses deux filles qui demeuraient dans l'arrière salle.
La plus grande surveillait sa cadette et lui enseignait ce qu'elle devait savoir dans la vie : Compter jusqu'à cent, conjuguer ses verbes, réciter la fable que la maîtresse avait donné pour le lendemain ou encore faire ses lacets. La petite écoutait religieusement les dires de son aînée qui du haut de ses sept années de différence la dominait. Elle apprenait l'accord du COD, les conjonctions de coordinations en se demandant qui était cet Ornicar ? La liste des mots en ou qui faisaient leur pluriel en oux n'avaient plus de secrets pour elle et elle chantonnait, poux, cailloux, genoux et choux. Mais ce qu'elle attendait avec impatience était ce moment béni entre tous où les devoirs seraient terminés et où sa grande soeur jouerait avec elle à la poupée. La petite n'aimait pas les poupées mais elle adorait son ours Nono. Vieux, déplumé, le poil rare et jauni par le temps, il était son plus fidèle ami. Elle ne se lassait pas de l'habiller, de le bercer, de le coucher dans le landau qu'elle avait reçu pour Noël et, après avoir jeté la grincheuse au sourire figé qui y était, elle partait pour de longues promenades autour de la table de la cuisine.
Les deux fillettes grandissaient et, un jour, un vaillant messager se présenta au logis et demanda au père la main de la plus grande. La petite, inconsolable, assista impuissante au départ de sa grande soeur tant aimée qui disparut au loin dans la poussière du grand chemin.
Les années ont passé, nombreuses. Les deux soeurs ont vécu, se sont éloignées. Le mariage, le travail dans des villes différentes, les enfants, les soucis du quotidien ont peu à peu effacé les soirées à jouer ensemble, les repas familiaux, les nuits dans le grand lit commun.
Ma Rose, puisque c'est de toi qu'il s'agit ici, ce weekend nous a offert un moment hors du temps, quelques jours volés rien que pour nous deux. Nous ne sommes plus les petites filles qui regardions notre Papa comme un héros. Nous n'aimons pas les mêmes choses, nous ne lisons pas les mêmes livres, nous n'avons pas vécu les mêmes expériences. Mais une chose ne changera jamais.
T'entendre me présenter comme ta petite soeur est indescriptible. Je serai près de toi et pour toujous cette petite fille aux longues couettes qui te demandait de jouer avec elle.et d'habiller son ours Nono.