Les femmes de ma vie
La première dont je me souvienne, m'apparait dans la cour de l'école Notre Dame du Bretonnais à Cholet. Nous avons 6 ans, affrontons courageusement (elle surtout) le CP et notre institutrice ! Nous jouions à "Thibaud des croisades" (référence si ancienne que les moins de 45 ans ne peuvent pas connaitre !). Nos blouses devenaient par la magie de l'imagination, capes au gré du vent du désert pendant que nous courions face à l'ennemi........que bizarrement j'ai épousé plus tard ! Bref !
Puis il y eut Colombe, si gentille avec ses joues roses et sa grande soeur à qui nous empruntions des vêtements lors d'après midi où nous nous déguisions en jeunes filles et paradions sur ses talons hauts !
Françoise est apparue au collège. Avec l'adolescence est arrivé le besoin de fusionner totalement avec sa meilleure amie. Nous n'avions pas de téléphone portable, de facebook, d'ordinateur, mais nous nous écrivions des lettres le soir dans nos chambres où nous racontions le dernier malheur familial, l'engueulade de Papa, les sournoiseries de nos soeurs.......Le lendemain, nous nous échangions ces pages d'anthologie et reprenions notre conversation qui ne semblait jamais s'achever. Elle me racontait le film qu'elle avait regardé la veille au soir et que je n'avais pas vu car nous étions sous le coup d'une extinction des feux à 21h30, heure à laquelle mon père allait se coucher. Je ne m'en plaignais pas plus que ça étant une grande lectrice et bénissant ces heures offertes à assouvir ma passion ! C'est par elle que j'ai appris les noms de Robert Redford et Paul Newman, ses idoles, qui sont devenus pour moi des icônes sans que je connaisse leurs visages ! Quand nous avons déménagé et avons quitté Cholet, j'ai cru mourir, comme on le peut à 14 ans. La poste nous apportait les multiples feuillets qui traduisaient notre désespoir, puis la jeunesse a repris ses droits et nous avons vogué vers d'autres amitiés.
Le lycée m'a offert Sylvie, jeune fille mince (trop mince....), studieuse, drôle et attachante. Elle fut mon âme soeur les trois ans que durèrent notre avancée vers le bac. Nous étions confidentes et échangions nos doutes et nos peurs sur tous ces garçons dont nous croyions être amoureuses : Les beaux, les moches, les intellectuels, les mauvais garçons, les musiciens, les boutonneux au regard de braise (gros potentiel encore inachevé...) et les sportifs qui nous faisaient briller les yeux ou pleurer !
Les années étudiantes furent celles de Marylène. Elle était ce que je n'étais pas : ma part de folie, d'audace. Grâce à elle, je faisais l'école de sage femmes buissonière, j'apprenais à ne pas me mésestimer et à apprécier les garçons.
Avec l'âge, les amitiés sont devenues plus nombreuses mais aussi plus légères. Les enfants, le travail (pour certaines), la vie nous rapprochaient pour échanger nos tourments sur la santé du petit, les difficcultés du plus grand, la meilleure façon de faire manger des légumes au moyen et les choix de vacances de l'été. Ces expériences de mère, ces recettes de cuisine et ces sorties communes remplissaient nos existences. Nous n'avions pas le temps de nous attarder sur nos états d'âme, nos vies personnelles......Je pensais que c'était normal, était heureuse et laissait les grandes amitiés à la jeunesse
Aujourd'hui, j'ai retrouvé ces liens :
Retour d'une soirée douce, drôle, complice, rieuse, nostalgique. Au détour des phrases, nous nous découvrons, exposons ces couches successives qui nous enveloppent. Nos enfances, nos souffrances,nos joies, nos amours......Nos regards se croisent et se reconnaissent. Les heures filent et nous dessinons des paysages, nous tissons des canevas, nous écrivons nos propres livres.
Ces moments me nourrissent. Mon coeur bat plus fort, ma voix porte plus loin. Pour que tes yeux rient, je joue la comédie, je raconte, je mime, je jongle avec les mots et je frémis d'aise devant ta joie.
je rentre épanouie, anticipant d'autres instants, d'autres soirées, d'autres conversations à bâtons rompus, d'autres rires, d'autres critiques de livres, de films........