La salle d'attente
La porte est fermée. La secrétaire me voyant hésiter, me confirme :
"Si, si, c'est bien là, entrez, le docteur viendra vous chercher"
En même temps, pourquoi hésiter alors que je suis face à une énorme plaque rappelant la fonction de la pièce : ATTENTE

Je rentre, salue, d'un général "Bonjour messieurs dames"auquel on ne me répond pas.
L'atmosphère est recueillie, presque religieuse. Je choisis un siège, dur, moche et fonctionnel, au milieu d'une longue rangée.
Comme mes voisins, j'ai essayé de ne pas m'asseoir trop proche de quelqu'un. Je pose mon sac au sol, et regarde discrètement mes compagnons d'infortune.
Avez-vous remarqué combien est étrange l'atmosphère des salles d'attente médicales ?
On parle bas, on toussote, on cherche un mouchoir......Les moindres bruits semblent assourdissants. Celui qui se mouche, lève les yeux en rangeant son tire-jus, et d'un sourire timide semble s'excuser d'avoir troublé le silence du lieu. Les parents tentent de calmer leurs enfants, et d'une voix basse, leur raconte une histoire tirée d'un magazine, défraichi, et aux pages manquantes. Les regards s'évitent, les corps s'agitent nerveusement.
L'ouverture de la porte fait lever tous les yeux. Nous sommes face au médecin, comme face à un héros qui nous délivrerait de ce lieu perdu et nous appellerait pour rejoindre le monde des vivants. Bien sûr il faudra pour cela franchir des étapes, affronter nos peurs......Mais nous serons peut être sauvé par ce chevalier en armure blanche et, le front haut et la démarche fière, nous retournerons vivre nos vies.
La salle d'attente est un purgatoire, un lieu étrange, un marécage digne de ceux du "Seigneur des anneaux". Il y fait sombre, le temps est immobile, les minutes semblent des heures et notre seul soutien se trouve être de vieux journaux datant au mieux de deux ou trois ans. Eux aussi sont le reflet de la désespérance de notre attente.
Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir d'être à l'heure. Vous êtes condamnés à attendre, encore et toujours.
J'ai mis au point une méthode pour ne plus subir ce temps. Je m'installe, lance un grand sourire aux oubliés des chaises voisines, sort de mon sac mon roman en cours et, sous leurs regards envieux, me plonge au coeur de l'intrigue, m'évadant vitesse grand V au fil des pages.
La méthode comporte certains risques, comme celui de ne pas entendre l'appel du médecin avant le troisième rappel, de se lever précipitamment en rassemblant maladroitement ses affaires et en faisant bruyamment tomber, sac, livre et clés.....rompant ainsi la tranquillité des lieus, réveillant le vieil homme assoupi à vos côtés et qui demande fébrilement si c'est à lui, faisant lever les yeux au ciel à ce jeune qui" textote" sans arrêt depuis que sa mère l'a traîné dans cette salle pleine de vieux où il s'emmerde !
J'ai réussi l'exploit de ramener de la vie et des sourires complices sur les visages que je croise en sortant et, bien que cela soit à mes dépens, j'en suis fière !